Burkina Faso

Sécuriser nos greniers

Au Burkina Faso, 80% des emplois sont agricoles. Pourtant, ce secteur est nettement sous-financé. Porte-parole de 9 fédérations paysannes, la Confédération Paysanne du Faso (CPF), partenaire d’Oxfam, pousse les autorités nationales à agir afin de mettre en place une politique agricole durable capable de répondre aux défis alimentaires actuels.

Entretien avec Marc Gansonre, secrétaire général adjoint de la CPF et producteur de céréales dans le village d’Imasgo, à 125 kilomètres de Ouagadougou.

En quoi l’agriculture est-elle le moteur du Burkina Faso ?

Le Burkina Faso est un pays de type sahélien dont la majorité de l’économie repose sur l’agriculture au sens large : production de céréales (75% de la production nationale), élevage, protection de l’environnement. L’agriculture contribue à 40% de la formation du PIB et, sur les 15 millions d’habitants que compte mon pays, 80% sont producteurs en milieu rural ! Pour la CPF, il est donc primordial de créer un espace de défense des intérêts de cette majeure partie de la population.

La CPF exerce une certaine pression politique sur les autorités nationales. Quelle est sa principale revendication ?

Aujourd’hui, les difficultés financières du secteur agricole ne sont pas suffisamment prises en compte. Lors du Sommet de l’Union africaine de 2003 à Maputo (Mozambique), nos chefs d’états s’étaient engagés à investir annuellement 10% de leur budget national dans l’agriculture à partir de 2008.
Au Burkina, nous avons mené une réflexion pour déterminer à quoi devait servir ce budget. Au final, 14% du budget national ont été engagés dans le développement rural au sens large, englobant donc aussi les écoles, les maternités, les dispensaires, les routes, etc. En réalité, seulement 6% reviennent aujourd’hui directement à l’agriculture en tant que telle.

Quel type d’agriculture soutient la CPF ?

Notre population travaille majoritairement au sein d’exploitations familiales, c’est donc dans l’agriculture paysanne qu’il faut investir. Nous ne sommes pas contre l’agrobusiness… tant qu’il ne vient pas accaparer nos terres ! Le Burkina Faso n’est pas élastique. Si nous voulions être élastique, nous devrions annexer nos pays voisins afin de pouvoir gérer notre production agricole. Or, nous n’en avons ni les moyens, ni le souhait.

Posséder sa terre pour cultiver est très important ici. Dans ce sens, la CPF a travaillé avec les pouvoirs publics à l’élaboration d’une politique nationale foncière, approuvée en 2009. Aujourd’hui, même si cette loi doit encore être clarifiée, nous sommes assez fiers du résultat : la majorité de nos sollicitations ont été prises en compte.

Justement, à quel point la CPF est-elle écoutée au Burkina Faso ?

Lors de notre création en 2002, nous avions des difficultés à nous faire entendre par les autorités nationales. Aujourd’hui, la concertation est permanente. Nos propositions restent raisonnables : nous ne faisons pas que revendiquer, nous formulons aussi des propositions concrètes.
Au niveau de la population locale, nous organisons diverses formations (genre, sécurité alimentaire, etc.) à destination des leaders paysans qui les répercutent ensuite au sein de leurs communautés. Nous sensibilisons aussi via les radios de proximité, afin d’atteindre un plus large public.

Vous êtes producteur de céréales. Quels sont les impacts de la crise alimentaire sur votre vie quotidienne ?

Mon département compte 25.000 habitants, pour la plupart producteurs agricoles. En zones rurales, nous sommes les premiers à être touchés par cette ‘vie chère’. Un sac de 5kg de sorgho qui coutait 10.000 Francs CFA (environ 15 €) avant la crise coûte aujourd’hui entre 18.000 et 22.000 Francs CFA (entre 27 et 33 €) ! Et nous n’obtenons pas plus de revenus de notre exploitation… Or, c’est grâce à notre exploitation que nous mangeons, et grâce à nos greniers que nous nous marions, éduquons nos enfants et enterrons nos morts !

Cette année, nous avons eu de bonnes pluies, mais il y aura toujours des récoltes plus mauvaises et nous devons sans cesse sécuriser nos greniers. Au sein de ma communauté, nous vivons de façon solidaire. Si nous n’avons pas à manger, nous allons voir le voisin. Il arrive que je doive partir de chez mois à 5h du matin pour éviter des demandes que je ne pourrais pas satisfaire…J’ai 25 personnes à ma charge et mes terres sont les seules à pouvoir nourrir toutes ces bouches !

Si nous n’arrivons pas à procurer une alimentation suffisante et équilibrée à nos familles, c’est le développement de la société burkinabè dans son ensemble qui sera touchée ! La campagne d’Oxfam va nous soutenir dans notre travail de plaidoyer quotidien : inciter nos responsables politiques à prendre leurs responsabilités et la population locale à adopter des techniques agricoles plus durables.